2021, Rencontres avec…

LUIS ERNESTO PENA LAGUNA

« COMME UN REVE » DE CUBA A … FIRMINY

Les compositions de Luis Ernesto Pena Laguna accompagnent l’histoire de FestyVocal. Il a réussi en effet l’exploit d’être primé à 2 reprises au concours de composition, et pour cette 3ème biennale il a écrit l’œuvre brillante qui a fait la clôture du festival, O Magnum Mysterium, interprété par le Coro de Jovenes de Madrid. Il a su partager son enthousiasme et son énergie.

 

« Pour moi c’est comme un rêve ; l’opportunité d’écouter ma création ! J’apprends beaucoup en écoutant, je continue à construire à l’écoute. Après avoir écouté complètement ma composition, je fais des ajustements, pas trop de modifications, mais des petits détails.

La vision de l’interprète m’intéresse beaucoup, comment il comprend ma composition. Plus je communique avec l’interprète plus j’ai des chances de relever le défi final, la faire comprendre à une 3ème entité, le public. Tant que je n’ai pas les réactions des interprètes, du chef, ma pièce reste abstraite. C’est parfois proche de ce que j’avais pensé, mais d’autres fois c’est assez éloigné, et j’apprécie d’échanger. Ma composition est évolutive. Ce que je préfère c’est laisser la partition parler pour moi dans un premier temps, laisser l’interprète se l’approprier, on peut échanger après et je peux alors apporter quelques changements. »

 

UNE OPPORTUNITE POUR LES COMPOSITEURS

Luis Ernesto Pena Laguna a vu les portes s’ouvrir à ses œuvres grâce à sa participation à FestyVocal 2018. « On gagne de plusieurs façons lorsqu’on reçoit un prix. Outre l’aspect matériel, FestyVocal sert de plateforme pour permettre à un jeune compositeur de se faire connaître. Par exemple, j’ai pu accéder au Chœur de Madrid parce que FestyVocal les a contactés et nous a mis en relation. C’est aussi grâce à l’édition de 2018 que j’ai rencontré le poète Jean Massard avec lequel je suis resté en contact et qui va écrire le texte pour une pièce qui m’a été commandée par le chef du Metropolitan Orchestra de Montréal, sur les victimes du COVID. Je vis à Montréal, mais il m’a connu parce qu’il a entendu mes compositions, grâce à l’opportunité offerte par FestyVocal d’avoir un support matériel et audiovisuel pour diffuser mes pièces. Ma rencontre avec le festival marque donc un vrai tournant dans ma carrière de compositeur. »

 

PASSERELLE ENTRE CUBA ET LA FRANCE

« La France m’a donné la chance de gagner 3 prix, 2 à FestyVocal et un lors des Florilèges vocales de Tours en 2010 pour une pièce plus rythmique. Ma façon de m’exprimer va avec la musique d’ici. J’aimerais évoluer en tant que compositeur en France. »

Luis Ernesto n’oublie pas toutefois Cuba, son pays d’origine. Il aimerait créer un concours pour les compositions chorales à l’Orphéon de Cuba. Son idée est de mettre à la disposition des chorales de Cuba de nouvelles compositions, pour développer la culture musicale et donner la chance à des chœurs urbains d’avoir de nouvelles partitions et de nouveaux chefs.

 

Pour suivre les réalisations de Luis Ernesto on peut découvrir :

– sa page sur YouTube: Luis Ernesto Pena Laguna 

– son site : penalaguna.com

 

 

ALEXANDRE OUZOUNOFF : PARRAIN DE FESTYVOCAL

Nous avons eu le plaisir de partager le dernier week-end de la 3ème édition de FestyVocal avec Alexandre Ouzounoff qui est devenu notre parrain cette année, succédant à Daniel Kawka.

 

RENCONTRE AVEC FESTYVOCAL

C’est lors de l’édition 2018 qu’il a découvert la biennale de musique vocale contemporaine. L’Ensemble Orchestral Contemporain a créé une de ses compositions instrumentales et il a assisté à ce concert. C’est alors qu’il a accepté de devenir le parrain du festival qui offre une place centrale à la création actuelle dans un espace contraignant mais inspirant du fait même de ses contraintes. Cette année il a assisté à 2 concerts dans l’église et il envisage une composition pour l’édition 2023.

 

 

 

 

 

UN PARRAIN CONSEILLER

Alexandre Ouzounoff vit en Normandie, il ne lui est donc pas toujours facile d’être présent physiquement. Mais il peut assurer le rôle d’accompagnement, de conseil qui, pour lui, constitue la mission du parrain. « L’avantage c’est que je ne suis pas responsable, je ne décide pas. Je peux donc échanger librement avec Geneviève sur la vie du festival, ses orientations, son futur. Je peux faire profiter le festival de mon expérience. Un parrain n’a aucun intérêt et par conséquent aucun scrupule, et cette liberté est bénéfique au festival. » A l’issue du concert de Poulenc il a remarqué l’importance des placements et déplacements dans cet espace « Les contraintes acoustiques du lieu obligent à réfléchir en amont. On est amené à faire un plan graphique pour concevoir le concert. »

 

DES PROJETS

La pandémie et le confinement ont annulé des créations. En revanche Ils ont permis à Alexandre Ouzounoff d’envisager une autre façon de travailler : « Les musiciens n’avaient plus de nouvelles pièces pour s’entraîner. J’ai composé des pièces instrumentales, pour 4 altos, 3 harpes… Les musiciens pouvaient s’enregistrer et rejouer dessus, ce qui donnait l’impression de jouer à plusieurs.

Certaines créations ont pu voir le jour toutefois, lors du Festival Harpes en Avesnois, il avait composé un trio pour violon, harpe et accordéon. Il a fait une création pour 3 harpes également, et une de ses compositions a été créée à Taïwan pendant le confinement en France. Il est en train de préparer une création pour saxo et percussions. Enfin il commence à réfléchir à la création qu’il pourrait faire pour FestyVocal 2023.

 

Pour en savoir plus et découvrir certaines pièces : www.alexandreouzounoff.com

 

 

 

YANNICK BERNE

UN CHEF DE CHŒUR DANS LES AFFRES DE LA PREPARATION

Yannick Berne est ténor dans les chœurs de l’opéra de Saint-Etienne et de Lyon. Mais il est aussi chef de 2 chœurs appréciés et connus dans la région stéphanoise et au-delà : Symphonia et Sinfonietta.

Depuis le début de l’aventure de FestyVocal, Yannick Berne soutient le festival, mais cette année il est particulièrement engagé, les 2 chœurs qu’il dirige assurant les concerts 4 et 6 de la programmation avec 2 challenges importants : une création et l’interprétation des œuvres de Poulenc a cappella.

 

FestyVocal : Avec les difficultés liées à la pandémie, la préparation aux concerts a subi de nombreux aléas. Pas trop de pression pour le mois de novembre ?

Avec Sinfonietta, nous travaillons l’œuvre de Poulenc a cappella. C’est un compositeur que nous connaissons, nous en avons déjà interprété et nous avons commencé longtemps en amont, dès avril 2020. Le problème c’est que nous devions assurer le concert avec le NLCC et nous nous étions réparti les œuvres puisque nous partions sur une intégrale avec une soirée construite en triptyque. Malheureusement le Chœur Londonien ne pourra pas venir et nous assurons seuls la soirée sur un format plus classique de concert unique. Il n’y a pas de changement pour le répertoire attribué à Sinfonietta, mais le format est différent et tout repose sur nous ; c’est un projet ambitieux.

En plus il nous a été difficile de répéter pendant les confinements, mais nous avons pu maintenir le travail par petits groupes. Maintenant on se retrouve tous et le travail est bien sur les rails. On est confiant, la préparation avance bien.

 

FestyVocal : Avec Symphonia, vous montez une création.

Symphonia, c’est une autre problématique… Nous n’avons pu démarrer le projet « Fusion » composé par Camille Van Lunen, que fin août. En plus le groupe a été fortement affecté par le COVID et il faut mener en parallèle une reconstruction de l’ensemble. Il faut retrouver un rythme, le plaisir de chanter. On a une petite baisse d’effectif mais ça se passe plutôt bien même si la musique contemporaine n’est pas le répertoire traditionnel de Symphonia. L’ensemble s’y était initié en 2019 avec la reprise de la pièce de Pierre Badol « Télescopes versifiés » créée dans l’édition 2018 de FestyVocal par le chœur du festival. Mais la pièce que nous montons cette année est dans un langage très contemporain. Elle n’est pas très complexe mais les choristes sont encore un peu déstabilisés. Toutefois, ils sont très motivés et s’approprient l’œuvre un peu plus chaque lundi, ils y trouvent du plaisir progressivement. Sans le COVID, tout aurait été plus facile, on aurait préparé la pièce lentement et au milieu d’autres œuvres plus habituelles pour les choristes. Là on est obligé de se consacrer beaucoup à la création et c’est un peu plus compliqué pour moi et pour eux. Heureusement on a aussi de belles pièces du XXème siècle à côté de la création. Mon rôle est de leur faire accepter ce nouveau répertoire, de leur y faire trouver du plaisir et de l’intérêt, mais avec la contrainte du temps c’est plus difficile. Je suis optimiste pour novembre, mais pas serein.

 

FestyVocal : Pour un chef de chœur, est-ce très différent de préparer une création ?

Différent peut-être pas, mais c’est très excitant et intéressant à réaliser. Déjà dans la relation aux choristes, notamment les amateurs. On doit leur apprendre l’autonomie, les amener à entrer dans une œuvre qui est une découverte et dont on doit imaginer le rendu. D’autant plus que ces compositions ont été faites pour l’église St Pierre et notre salle de répétition est aux antipodes sur le plan acoustique. Pour le travail c’est bien, mais on ne verra l’effet véritable qu’en octobre lorsqu’on répétera à l’église. C’est une expérience passionnante de participer à la création, de construire peu à peu, mais cela demande beaucoup de patience et d’écoute et mobilise une énergie énorme. En plus je suis habitué à préparer souvent des choristes pour qu’ils travaillent avec d’autres chefs le jour du concert, mais là c’est moi qui les dirigerai ; je les conduis donc jusqu’au bout et c’est très satisfaisant.

 

FestyVocal : A part FestyVocal quels sont vos autres projets ?

Après la pandémie, c’est une grosse saison qui se dessine. Certes FestyVocal demande une forte mobilisation, mais en octobre il y a Baroque en Forez. J’ai préparé un chœur pour un autre chef et on a eu peu de temps. Mais mon travail est fini désormais. Ils chanteront le 10/10 sous la direction de Florent Meyer. Avec Symphonia nous avons aussi un autre projet laissé en suspens à cause de la pandémie et maintenant de FestyVocal, c’est le Requiem de Brahms. On va le reprendre. Quant à Sinfonietta ils doivent préparer un concert « Mozart au clair de Lune » qui sera donné à Yssingeaux en décembre et à Gouttelas en janvier. Enfin j’ai un projet avec des enfants dans le cadre de l’Education Nationale qui aura lieu à Pommiers. C’est une période très active et très productive qui commence.

 

THOMAS NGUYEN

LE GOÛT DE L’EXPERIMENTATION

Une œuvre de Thomas Nguyen « L’Asile Ami » sera un moment fort du concert d’ouverture interprété par le Chœur du Festival. Ce compositeur, avide de nouvelles expérimentations musicales, connaît bien FestyVocal et son écrin architectural qu’il a découvert lors de l’édition 2018 pour laquelle il a écrit « Tétralogie d’esthétique ». Laissons-le évoquer sa démarche.

« Lors de ma première expérience d’écriture pour FestyVocal je ne connaissais pas l’église Saint-Pierre. J’ai composé une œuvre qui associait un ensemble vocal et un instrument rare, le cristal baschet. Lorsque j’ai assisté à la création de cette pièce, j’ai été fortement impressionné par le lieu et son acoustique étonnante. J’ai vécu une véritable expérience musicale et sonore et j’avais très envie de proposer une nouvelle création en ayant davantage conscience des possibilités de cet espace. J’ai donc concouru à nouveau avec « L’ASILE AMI » et j’ai obtenu le prix de la ville. Et je suis très heureux de pouvoir approfondir ce que j’ai perçu lors de ma 1ère création. »

ZOOM SUR LE TRAVAIL DE COMPOSITION 

Contrairement à l’édition précédente où le texte était imposé, les compositeurs ont pu choisir cette fois les mots qui font écho à leur musique. Thomas Nguyen a été intéressé par le texte de Robert Desnos dont il a conservé le titre pour son œuvre. « Ce qui m’a interpelé, c’est l’ambiguïté sur les sons et le sens, les notes et les mots. Les notes créent des mots mais comment naît un sens de tout ça ? Dans le texte de Desnos, le silence joue un rôle important comme en musique et cela s’intègre parfaitement à la thématique de cette édition Silences épanouis. Comment le sens s’épanouit dans le silence ? Cette recherche est d’autant plus intéressante dans un lieu où l’acoustique donne une perception particulière des sons et des mots. C’est à la fin seulement que le sens apparaît. »

JOUER AVEC LES INSTRUMENTS

Après le Cristal Baschet, c’est à la batterie qu’a souhaité se confronter Thomas Nguyen dans L’Asile Ami, instrument qu’il connaît bien et pour lequel il a déjà écrit. « J’ai considéré que je composais pour 2 instruments complexes. Un chœur comme une batterie sont constitués de plusieurs éléments avec un spectre sonore énorme. Les 2 peuvent émettre des sons à peine perceptibles et atteindre une puissance sonore extraordinaire. C’est ce qui fait leur point commun et c’est ce qui m’a intéressé. J’ai écrit pour le chœur comme si c’était pour une batterie et inversement, j’ai composé une écriture mélodique pour la batterie. Le jeu consiste à faire se confronter les 2 écritures, et pour cela j’ai établi un guidage très précis sur la partition pour les interprètes qui se trouvent là dans une démarche totalement expérimentale. »

OUVRIR LA MUSIQUE A TOUS

Pour Thomas Nguyen, c’est l’ouverture et la découverte qui sont le moteur de sa créativité. A partir d’une formation classique, il est allé explorer d’autres univers musicaux, le rock, la chanson française. Il s’est lancé dès 2008 dans la composition de contes musicaux avec le collectif Io, ensemble artistique pluridisciplinaire.

L’objectif est de rendre la musique accessible à tous, il se lance avec le collectif Io dans la création d’opéras de poche, puis en 2010 avec la troupe de jeunes du collectif il monte des comédies musicales et se lance dans une thématique pour jeune public.

En 2014 il entreprend un voyage sensoriel et musical autour de l’œuvre de Dali avec un quatuor.

Depuis 2018, il est compositeur associé à l’Opéra de Reims. Cette même année il participe à FestyVocal puis en 2019, il écrit un poème musical « Quand tout sera blanc ».

En 2020 il s’associe au quintette Akibra pour créer un conte musical inspiré de l‘œuvre de Ionesco, 4 contes. Cette œuvre sera créée cet été en Alsace lors du festival Le Grand Estival.

Son projet pour 2022-2023 est un opéra sur le thème de l’eau, intitulé Xynthia en collaboration avec les opéras de Reims, Metz et Clermont-Ferrand.

Pour découvrir la diversité de son travail : thomasnguyen-compositeur.com